Ferdinand Cheval et l'art

A côté de l'art institutionnel et de ses réseaux, quelques artistes autodidactes, et complétement étrangers à ce monde se sont illustrés par des productions originales. Leurs oeuvres, en marge des courants artistiques, ne font référence qu'à l'imagination de leurs auteurs et à leur besoin de création. Tous ces créateurs n'ont été souvent reconnus par les institutions que bien après leur mort. Ils sont devenus des références aujourd'hui.

Reconnue comme une œuvre d’art à part entière par différents courants artistiques, on dit souvent du Palais idéal du Facteur Cheval qu’il s’agit d’un œuvre inclassable. Une œuvre qui fut classée monument historique en 1969 par André Malraux.

Cheval et l'art brut

La reconnaissance des surréalistes

Il sera considéré vers 1920 comme un précurseur de l’architecture surréaliste par André Breton, qui viendra à plusieurs reprises visiter le Palais idéal, accompagné d’autres artistes et notamment des photographes Denise Bellon et Léonora Carington (compagne de Max Ernst). Toutes deux réaliseront des photos du Palais idéal qui seront d’ailleurs exposées au Moma à New-York en 1936.

André Breton, en 1932 rendra un hommage au Facteur Cheval à travers un  poème intitulé : "Le Revolver à cheveux blancs".

De même, l’artiste Max Ernst a réalisé une oeuvre hommage à Ferdinand Cheval qui est exposée à la Fondation Guggenheim à Venise.

Une référence mondiale de l’art brut

En 1945, Jean Dubuffet fait émerger le concept de l’art brut «Nous entendons par Art Brut des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, … Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions…». Il reconnaîtra Ferdinand Cheval comme un véritable pionnier de l’art brut. D’ailleurs, La collection la plus importante d’Art Brut réunie par Dubuffet qui se trouve à Lausanne, évoque le Facteur Cheval et son oeuvre.

En 2012, à l’occasion du Centenaire du Palais idéal, une exposition consacrée à l’œuvre de Ferdinand Cheval à été présentée à la Collection de l’Art Brut à Lausanne. Tout un symbole pour ce berceau de l’art brut auquel Jean Dubuffet a fait don en 1971 de l’ensemble de sa collection, constitué de près de 5000 pièces.

Une référence de l’art naïf selon André Malraux

Considérant le Palais comme le seule exemple d'architecture naïve, André Malraux en décide le classement en 1969. Donnant ainsi raison à Breton, Picasso, Tinguely, Niki de Saint Phalle qui vouaient une admiration sans borne à Ferdinand Cheval.

Il dira d’ailleurs du Palais :

Qu’est-ce que le palais Idéal ? C’est le seul exemple en architecture d’art naïf. L’art naïf est un phénomène banal, connu de tous, mais qui n’a pas d’architecture… En un temps ou l’art naïf est devenu une réalité considérable, il serait enfantin de ne pas classer, quand c’est nous, Français, qui avons cette chance de la posséder, la seule architecture naïve du monde, et attendre qu’elle se détruise.

André Malraux